Maurice SIXTO vu par Victor Emmanuel Roberto WILSON

Maurice SIXTO

Choses et gens entendus (vol.6)

 

C’était a New York, il y a de cela cinq ans déjà ! Un soir, on me proposa de rencontrer Maurice A. Sixto qui était en visite chez des amis. Maurice, qui est-il ? M’enquérais-je. «Tu verras, m’avait-on répondu, c’est un homme extraordinaire, un grand conteur doublé d’un grand poète. Il t’en chantera. »

Ma sœur Jacqueline avait raison. Je subis, des la rencontre avec le personnage, digne de Merlin, un enchantement immédiat. Quel rare plaisir ce fut que de rencontrer un spécimen d’une humanité en voix d’extinction, un homme de cette classe, un poète de ce talent ! Il avait cherche mes mains pour m’accueillir sitôt qu’on me présenta à lui. (Maurice Sixto a les yeux voilés.) Chaleur dans sa poigne solide, virile ! Quelle  tonalité dans la voix ! Quel verbe ! Je n’avais entendu articuler la langue de Molière, avec ce léger accent haïtien, depuis tellement longtemps !

J’avais devant moi, soudain un Alexandre Dumas père  tel qu’un Maurois et un Décaux eussent  aimé rencontrer s’ils eussent vécu à la même époque. Maurice SIXTO parle, raconte, dicerte, déclame et cela en français et en créole impeccables. Il y a belle lurette que je n’ai jamais entendus parler créole avec tant de finesse, de charme, de poésie et d’élégance.  Depuis trop longtemps vraiment ! Quelle soirée inoubliable ! A travers Sixto je fis la connaissance  des ses personnages. J’ai été bouleversé par Léa Cocoyé et ti saint Anise. Qui d’entre nous n’a pas assisté à des scènes identiques ? C’est un plaidoyer contre la misère, contre la méchanceté, couleur locale. Toute Haiti se matérialisait  dans ce living-room New Yorkais ou nous écoutions, envoutés, les mots du poète. Sixto était tour à tour spirituel incisif, descriptif, sensible, philosophe, puis-comme pris dans sa propre alchimie- il passait d’humeur à une  autre et devenait triste, découragé, la voix teintée propre de désespoir. On le détourna de ce chemin sans issue et reprenant confiance, il devint tonitruant, grandissant tel un géant il remplit la pièce de ses paroles au verbe merveilleux. La spatule du peintre redevenait, malgré l’artiste scalpel… Mais Maurice Sixto, c’est la tendresse qui se dresse contre tare qui nous écrase et menace  d’anéantir l’humanité, cette tare qu’on nomme la cruauté avec toutson cortège de blasphémateurs, de flatteurs, de dépouilleurs, de vie, de dignité, d’amour, de respecter et de fraternité .quel homme ! Fils des Gonaïves, Sixto sait de quoi dans ses veines coules le sang des titans qui ont forgé le pays d’Haiti. Hélas, depuis Hédouville, le spectre de la division de son ombre l’ancienne Saint Domingue. Elle fait de notre héritage culturel, national, ethnique, épidémique et linguistique. L’esclavage de Ti Saint-Anise est le même que celui imposé à nos pères. Il existe encore, malgré leur sacrifice.

Sixto mène une lutte acharnée contre toutes les formes d’esclavage, tel un Don QuiChote sans lance mais pourvu d’une voix de stentor, une de ces voix qui font vibrer en nous cette corde disque et Sixto s’impose avec ses personnages plus vrais que nature. Ils surgissent des sillons, de la vibration, et vienne hanter ceux qui ont perdu tout espoir.

En écoutant Maurice Sixto, on s’abreuve à la source directe, intime d’une Haiti éternelle, d’une Haiti qui ne saurait mourir. C’est une poésie puissante qui s’infiltre en nous, car elle vient de la même semence qui jadis, comme je le soulignais, enfanta des Titans.

Ecouter Maurice Sixto, c’est sentir le sang haïtien bouillir dans ses veines, chaud, prêt à jaillir et atteindre l’au-delà de nous même.

Non, je n’ai pas jamais entendu parler créole de cette façon et depuis trop longtemps !

Victor Emmanuel Roberto WILSON ex-chef du protocole de l’assemblée nationale du Québec, Conseiller cadre au Ministère des affaires culturelles du Québec, Membre de la société des  Ecrivains Canadiens, de la société des Ecrivains de la langue française (Mer et outre-mer), Membre bienfaiteur de l’Association des Amis d’Alexandre Dumas, France, secrétaire général de la confédération des associations linguistiques et culturelles du Québec, Récipiendaire de la Médaille d’Argent du Mérite de la Ville de Paris en 1977, pour sa biographie : « Le Général Alexandre Dumas, soldat de la liberté » (Distribution, Fidès, Montréal, Canada).

 

 

Québec, le 16 février 1980

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