Maurice A. Sixto

Il était une fois, un homme, un haïtien, un de ceux-là que l’on voudrait voir vivre pour toujours,  mais… la nature à ses lois.

Ainsi, de toute la  panoplie des grands et inoubliables hommes qu’ a vu naître notre chère Haïti,  nous prenons un vif plaisir à mettre en évidence, en vue de lui rendre un hommage bien mérité,  un très bel échantillon de notre fierté nègre: MAURICE A. SIXTO!

Pourquoi Maurice SIXTO?  Eh bien, il est des moments de l’existence où un peuple se doit de se tourner vers ce qu’il a produit de valable et y puiser cette bouffée régénératrice qui lui dit que tout n’est pas perdu.  A ce moment où précisément Haïti, telle une mère abandonnée, semble se demander: « Mais, où sont mes vaillants fils »?  Maintenant où l’on compare notre île à un bateau à la dérive, sans gouvernails ni capitaine, il est bon, réconfortant même, de se souvenir, d’un M. Sixto, par exemple.

QUI EST MAURICE A. SIXTO?

Né aux Gonaives le 23 mai 1919, il est le fils de l’Ing. Alfredo SIXTO  et petit-fils d’Adolphe SIXTO, originaire de St.T homas (ILES VIERGES).  Sa mère, Maria Bourand, fille de Alice de Vastey, n’est autre que la petite fille du Baron de Vastey.    M. Sixto fit ses études primaires chez les frères des Gonaïves, et continua, pour la secondaire,  à St. Louis de Gonzague.  En subissant les épreuves du baccalauréat, un de ses examinateurs, Luc Grimard, étonné de son intelligence, lui fit la question: D’où venez-vous, jeune homme »? Maurice répondit fièrement, « Des Gonaives, je suis petit-fils d’Alice de Vastey ».  Et Luc Grimard d’ajouter:  » Sous cette combinaison, je vois le baron ». Pour pouvoir quitter sa maison parce que son père venait d’épouser une jeune fille de son âge, Maurice rentra à l’Académie Militaire, mais n’y  resta que trois mois.  Etudiant à la faculté de droit de 1945 à 1948, il travailla en même temps à la radio HHBM, devenue plus tard MBC.    Il fut tour à tour

Professeur de Littérature et d’Anglais en Haïti;1938-1961

Guide Touristique et Traducteur à l’Ambassade Américaine en Haïti; 1945-1948

28 Décembre 1950, le président Paul Eugene Magloire le nomme Speaker in the section of foreign languages (English) at the service of information press and propaganda to carry propaganda out of the country) 

Attaché de Presse à l’Ambassade du Libéria en Haïti;1948-1960

Envoyé spécial du président docteur François Duvalier pour :

  1. Décorer à Chicago cinq grands Médecins Américain 1958
  2. Décorer à Chicago le

Professeur de Français, d’Anglais et de Latin et de Sciences Sociales à Kinshasa, Rép.du Congo;

Conférencier sur les civilisations précolombiennes et africaines à Philadelphie, (USA), etc.

La valeur de M. SIXTO fut vraiment reconnue quand en 1959, il reçut du gouvernement haïtien  la décoration de  » l’ORDRE CIVIL ET MERITE TOUSSAINT LOUVERTURE. ».  Cette même année, il fut choisi pour aller décorer cinq grands médecins américains et le maire de Chicago, M. Y. Daley.  Et suivirent d’ autres distinctions:

En 1976,  « La cloche de la liberté » lui fut remise par le maire Rizzo, de Philadelphie, à l’ occasion de la célébration du   bicentenaire des Etats-Unis;

En 1976,   Prix « Meilleur Professeur » à Kinshasa,  Rép. du Congo;

En 1978,  « Meilleur Diseur » de New York;

En 1979,  » Meilleur Conférencier »  et consultant de Philadelphie, Etats-Unis.  Cette même année, il fut choisi comme Invité d’ Honneur par Madame Jacky Kennedy, à un dîner de lever de fonds qu’elle offrait pour combattre la leucémie.

 Maurice Sixto fut détenteur de la carte « CITOYEN DU MONDE » pendant plusieurs années et jusqu’ à sa mort.

Quant à ses talents d’artiste,  n’en parlons pas.  Pourtant sa vue connut une baisse progressive dès l’âge de 24 ans.   Et en dépit d’importantes interventions chirurgicales à l’étranger, il devint aveugle dans la quarantaine.  Sa cécité n’a pourtant rien enlevé de sa sagacité et de son ambivalence.  Sans fausse modestie, nous pouvons dire qu’ il est notre Molière haïtien.  Doté d’une mémoire prodigieuse, il interprétait plusieurs personnages, or, il ne récitait  ni n’écrivait jamais ses textes.  Il rentrait au studio et jouait, tout étant emmagasiné dans sa tête.   Tous ses personnages étaient des haïtiens connus, dont il changeait seulement les noms et il débitait des faits vécus. 

Au cours de ses années passées en Afrique, il lui arrivait souvent le soir, appuyé à son balcon, de se plonger dans les profondes nuits africaines et là, il rêvait de sa terre natale, Haïti.  Comme un homme ne peut pas pleurer, raconte-t-il, il enfonçait sa tête dans son oreiller et là, il laissait couler de chaudes larmes tout en pensant qu’il n’existe qu’ une seule Haiti, la nôtre, la douce, l’accueillante (ses propres paroles). Pourtant l’ Afrique lui a donné, (-là, vous pouvez sourire, mesdames/messieurs) – ce qu’il avait de plus précieux: sa femme Marie Thérèse TORCHON.   C’est aussi en Afrique qu’il eut le déclic qui fut à l’origine d’une œuvre prodigieuse.  C’était après la lecture de « La Condition Humaine » d’André Malraux.  Une phrase avait retenu son attention: » Il faut se défendre des absurdités de la vie, et l’on ne peut se défendre qu’en créant ». Deux jours après, Léa Kokoye était née.  Et suivirent, Ti Saintanise,  Me Zabèlbok, etc. Chacune de ses œuvres peut se cadrer avec le temps et les besoins.  Aux opprimés il décille les yeux, aux opprimeurs, il crie « C’est assez ».  Il s’adresse à l’élite comme aux laissés-pour-compte et son intervention provoquera des réactions et des tentatives pleines d’intérêts pour tous.  Quand Maurice interprète le vif et le réel, ce n’est pas pour ridiculiser,  mais plutôt pour inviter les accusés à un autocritique, à une prise de conscience sur les valeurs et les abus sociaux. Maurice, c’est en plus l’humour, le divertissement,  et c’est dommage qu’il ne soit pas parmi nous ces temps-ci…  Maurice Sixto est indubitablement un pionnier de la pensée d’une meilleure condition de vie pour les enfants en domesticité (les restavèk).

Sa dernière volonté: aucune gloire posthume si ce n’est la création de plusieurs écoles pour jeunes filles aux quatre coins d’Haïti, des écoles techniques,  modernes, des écoles « Lea Kokoye ».

Madame Marie-Carmel Berrouet

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