Sensibilisation de masse dans huit communes du département de Sud

Le système de la domesticité infantile et juvénile en Haïti est un crime qui n’est jusqu’à présent pas compris et perçu comme tel, et de ce fait, est toléré. Nombreuses ont été jusqu’à aujourd’hui les publications d’études sur le nombre d’enfants et jeunes en situation de domesticité en Haïti par différentes organisations et institutions internationales telles que l’UNICEF. La plus récente est le rapport analytique de l’Unicef sur le placement et le travail domestique des enfants en Haïti en 2014. C’est bien d’avoir réalisé des enquêtes car celle-ci nous permettent d’apprécier approximativement le problème. Toutefois, des mesures d’interventions s’avèrent nécessaires si vraiment on souhaite attaquer à fond ce phénomène qui déshumanise ses victimes directes. On ne peut donc pas prétendre éradiquer un problème si complexe dans un pays comme Haïti sans d’abord avoir mis en place les outils nécessaires de manière à toucher ce mal depuis ses racines.

 

Ainsi, avec un financement du Canada à travers l’UNICEF, un projet de lutte contre le travail domestique des enfants, est implémenté dans huit communes du département du Sud. La Fondation Maurice A. Sixto, au sein d’un Consortium, s’est donné pour mission spécifique depuis le mois de septembre 2018 de combattre ce phénomène par une série de séances de sensibilisation dites de masse dans les écoles, les communautés rurales, les marchés publics et les groupements de femmes afin d’apporter une réponse structurée à la mise en domesticité des enfants par leurs parents biologiques et ou leurs familles élargies. Ce projet innovant durera jusqu’au mois d’avril 2020.

 

De septembre à aujourd’hui, 24 séances de sensibilisation pour lutter contre la mise des enfants en domesticité dans les villes sont déjà réalisées. Ce moyen de sensibiliser la société est innovante et a permis d’attaquer ce mal par ses racines, c’est-à-dire aller là d’où vient le mal, chez les pauvres paysannes. Ces naïves femmes à la recherche d’un mieux-être pour leurs enfants les confient à une famille pour RESTER avec elle. A chaque séance de sensibilisation, les victimes comme des spectateurs s’empressent pour témoigner, partager leur connaissance, approuver notre travail qu’ils trouvent extraordinaire, innovant et du même coup nous encourager à ne pas abandonner et porter ces messages le plus loin possible, pourquoi pas dans tous les marchés publics du pays, puisque ce mal est rependu à travers Haïti. C’est la première fois que ce phénomène se traite ainsi.  Permettez-nous de partager avec vous deux des témoignages recueillis des marchandes.

 

1ère Témoignage :

Une mère qui a donné son enfant en domesticité chez une famille de Port-au-Prince a pris la parole pour déconseiller les autres mères de donner leurs enfants en domesticité. Elle a raconté tous les mauvais traitements que son enfant avait subis (non scolarisation, coup de fouet, sous-alimentation et violence verbale, exploitation de sa force de travail et plusieurs autres humiliations de la part de tous les membres de la maison). Ce qui a été le plus choquant, cette dame a rapporté qu’elle avait donné  son enfant à sa propre sœur, ce qui a poussé d’autres marchandes ou marchands à faire des commentaires et venir avec d’autres faits vécus et des solutions pour éradiquer ce mal qui détruit la vie de nos enfants.

Ce témoignage nous a grandement aidés dans la mesure où il a renforcé nos messages qui visaient à pousser ces femmes à dénoncer et ne pas accepter cette forme de placement d’enfants dans leurs entourages. Hommes et femmes dans la mesure de leur possibilité (capacité) ont pris des notes à l’écrit et noté les numéros de téléphone de référence. Les appels après les sessions de sensibilisation pour rapporter un cas d’enfant en situation de maltraitance est une autre preuve de l’impact de ce projet dans les zones sensibilisées. 

 (Pa bay timoun yo rete ak moun).

 (Plas chak timoun se nan fanmi l)

 (Si nou konnen yon timoun yap maltrete rele FMAS, IBESR, ACTED et AVSI)

2ème Témoignage:

Plusieurs marchandes marchands à Aquin, nous ont rapporté que les cas de viols sur mineures son assez courant dans la commune et le plus dur c’est que la population refuse maintenant de rapporter ces cas de viols aux autorités concernées puisqu’à mainte reprises, après les plaintes les coupables ne sont pas punis. Ils vivent avec beaucoup de peur car ils connaissent les violeurs ce qui les poussent à se méfier des autorités qui selon eux ne font pas leur travail et sont tolérants envers les violeurs. Ils préfèrent culturellement parlant se rendre justice eux même, en  confiant se délit a un BÒKÒ (Hougan).

Après ce témoignage, nous avons encouragé la population malgré leurs divergences avec les autorités  à dénoncer ces  actes (ce crime) qui doivent être punis. Nous avons échangé nos coordonnées et parlé des autres partenaires du consortium qui travaillent dans le domaine de protection dans le Sud, comme l’Avsi et IBESR qui pourraient apporter leurs supports.

La plus récente séance de sensibilisation réalisée à K-Ciel le 4 février dernier avec les leaders communautaires confirme clairement les résultats positifs obtenus depuis le début.

Une bénéficiaire de la formation Madame Eliette Dorvil Jardinière d’enfants de profession et membre fondatrice de l’organisation « AFAROCS » l’Organisation des femmes d’Affaires du Sud nous a raconté qu’une semaine après la formation qui avait réunie 157 membres dont 100 femmes et 57 hommes la zone a ressenti l’impact de la sensibilisation. Madame Dorvil Présidente d’AFAROCS nous confie que cette formation a eu un impact sans précédente dans la zone. Une des bénéficiaires de la formation a eu à dire « que de toutes les formations déjà dispensées dans la zone sur la protection des droits de l’enfant celle-ci est la première de ce genre, complètement différente des autres déjà dispensée dans la zone. Donc, elle a été appréciée et applaudie par tous les bénéficiaires. 4 femmes parmi les bénéficiaires, depuis cette formation ont pris la décision de changer de comportement avec leurs domestiques. Une mère apprend pour la première fois que les intérêts supérieurs de l’enfant doivent être protégés.

On doit aussi souligner, que tout n’est pas toujours au beau fixe, dans certains marchés publics où certains hommes et des femmes désapprouvent avec une agressivité ce genre d’initiative qui vient déranger leur mode vie avec leurs domestiques.  Ils lancent sans réserve des mots déplaisants à l’endroit du staff lors des interventions.  A Kafou Masson, localité située à l’entrée de Port-Salut et  au marché public d’Aquin le personnel de la FMAS a dû faire face à des agressions verbales de la part de certaines et hommes.  Loin de se laisser intimider, l’équipe de FMAS s’est entretenue avec les agresseurs pour leur faire comprendre que les enfants domestiques maltraités sont souvent ces enfants qui vont grossir la bande des bandits et deviennent des criminels. 

Certains des 157 membres d’AFAROCS ont manifesté le désir de recevoir une formation sur la protection des droits de l’enfant pour continuer la sensibilisation dans d’autres zones aux environs de K-Ciel.

Les participants d’une seule voix ont dénoncé la situation d’une sœur et d’un frère qui vivent des moments de pires formes de maltraitances de la part de leur mère. 

Noms, prénoms, âges, des enfants : Meriland Brillanka, 10 ans / pas scolariser

                                                        Youri Michon, 6 ans/ pas scolariser

Finalement, notre manière de sensibiliser veut aborder cette problématique en misant sur l’importance du rôle de la femme dans la lutte contre la domesticité. La femme, en général, a un contact direct avec l’enfant  en tant que mère et /ou  maitresse de maison qui est malheureusement le plus souvent le premier bourreau de l’enfant en domesticité. Ce qui justifie l’une de notre cible visée : les marchandes des marchés publics qui sont à 99% et groupement de femmes.

Une analyse sensible au genre fait ressortir des inégalités alarmantes liées au sexe. La majorité des enfants en domesticité sont des fillettes et des adolescentes, dans la tranche d’âge la plus vulnérable, entre 6 et 14 ans. La réponse sexospécifiée à cette pratique doit passer necessairement par la sensibilisation des organisations de base et de femmes pour la création de mécanismes et techniques de lutte contre ce phénomène et enfin une prise de conscience de la société haïtienne pour un changement de comportement des femmes face à la mise en domesticité des enfants et leur trafic.

 

 

 

 

Marche Ducis

 

 

Témoignage (1) de sa fille envoyée chez sa sœur (Maniche) Madame Eliette Dorvil, Présidente de AFAPROCS a K-Ciel

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