Maurice Le visionnaire


Devenu aveugle, Maurice A. Sixto s’est proposé par son œuvre d’ouvrir nos yeux sur un pays qui, en dépit de ses paradoxes, n’a cessé d’être une perle,  avec des possibilités qui font rêver autant ses enfants que ceux d’ailleurs : son histoire, son relief, ses ressources, sa culture, sa diversité… Le plus grand problème semble être notre incapacité plus que bicentenaire à nous mettre ensemble pour décider de ce que nous voulons être et faire collectivement.  Nous continuons à vivre en individualistes (chak koukouy klere pou je w) et à prétendre que nous formons une nation.

 

Maurice a dressé l’état des lieux, l’inventaire du chantier, mais les concepteurs, les constructeurs, les bâtisseurs, les gestionnaires, les travailleurs de toutes sortes se font encore attendre. La question de l’identité est certainement au cœur du problème de l’absence de projet collectif réel. L’auteur de Tisentaniz a très bien illustré les paradoxes issus de cette situation. Pendant longtemps nous avons contemplé le même film, la même histoire, refait le même parcours, comme si notre temps était circulaire, bouclé sur lui-même. Nous  avons ri de notre turpitude, pleuré, nous nous sommes révoltés, résignés, exilés… et pour cause, notre dérive n’a fait que s’accentuer au fil du temps. Presque deux générations  après la naissance de la première œuvre de Maurice A. Sixto, Ti-Sentaniz, projet qu’il avait nourri et réalisé pour lutter contre l’absurdité de notre condition, le travail de ce génie est restée d’une triste actualité.

Le monde, dans sa marche nous bouscule, nous surprend. Faute de plan, faute de projet, nous ne pouvons être que sa victime. Nous avons à résoudre la double interrogation : qu’est-ce que nous sommes ? Que voulons-nous ? Notre héritage historique et culturel ne manque pas d’éléments pour nous permettre de répondre à la première question. Quant à la seconde, nous avons à nous unir, à nous mettre d’accord sur ce que peut-être ce projet, cet idéal, ces idéaux capables de nous amener à transcender, à utiliser, à nous enrichir de nos différences. La conscience de soi, de sa valeur et la volonté de construire sont les sources de l’énergie humaine, des sociétés organisées, des civilisations conquérantes, resplendissantes d’hier, d’aujourd’hui, de l’avenir.

Nous avons déjà beaucoup dit sur le pays qui a été, qui est. Il est maintenant temps d’envisager, de discuter, de rêver et de travailler pour le pays que nous voulons. Nous pouvons apprendre à modifier notre regard et notre discours sur nous-mêmes. Nous avons beaucoup parlé de ce qui nous divise, de ce qui nous blesse, de ce qui nous fait peur, de ce qui nous fait souffrir. Nous pouvons apprendre maintenant a accordé plus d’attention à ce qui nous unis, ce qui fait notre force, ce qui peut nous guérir, ce qui peut nous aider à grandir individuellement et collectivement.

Maurice Sixto, pour avoir été guide touristique, a vu et compris la richesse et la beauté du pays. Pour avoir parcouru le monde, il a compris notre potentiel comme peuple. Aveugle, sa voix est devenue un phare devant les yeux de notre conscience aveugle. Il nous a montré nos ombres, mais il nous revient de faire le choix de voir et d’aller vers la lumière.

 Zacary MORIN

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