Ralph Leroy gallery 1

200 femmes consultées gratuitement au marche Salomon


L’oeuvre de la Fondation Maurice A. Sixto se forge depuis 13 ans en Haiti. Accompagner les enfants en domesticité, leur offrir un espace pour se recréer et recoudre l’espoir d’un meilleur lendemain. Pendant son parcours, la fondation a aussi embrasse la lutte défendre la cause des femmes. En collaboration avec la fondation Zafe Fanmi, Zafe Lajenes et l’Association Haïtienne des étudiantes en médecine, Ils campent une journée de consultation gratuite au marche Salomon

Vous pouvez cliquer sur le lien pour lire l’article  

http://ayibopost.com/200-femmes-consultees-gratuitement-au-marche-salomon/?platform=hootsuite

Maurice Le visionnaire


Devenu aveugle, Maurice A. Sixto s’est proposé par son œuvre d’ouvrir nos yeux sur un pays qui, en dépit de ses paradoxes, n’a cessé d’être une perle,  avec des possibilités qui font rêver autant ses enfants que ceux d’ailleurs : son histoire, son relief, ses ressources, sa culture, sa diversité… Le plus grand problème semble être notre incapacité plus que bicentenaire à nous mettre ensemble pour décider de ce que nous voulons être et faire collectivement.  Nous continuons à vivre en individualistes (chak koukouy klere pou je w) et à prétendre que nous formons une nation.

 

Maurice a dressé l’état des lieux, l’inventaire du chantier, mais les concepteurs, les constructeurs, les bâtisseurs, les gestionnaires, les travailleurs de toutes sortes se font encore attendre. La question de l’identité est certainement au cœur du problème de l’absence de projet collectif réel. L’auteur de Tisentaniz a très bien illustré les paradoxes issus de cette situation. Pendant longtemps nous avons contemplé le même film, la même histoire, refait le même parcours, comme si notre temps était circulaire, bouclé sur lui-même. Nous  avons ri de notre turpitude, pleuré, nous nous sommes révoltés, résignés, exilés… et pour cause, notre dérive n’a fait que s’accentuer au fil du temps. Presque deux générations  après la naissance de la première œuvre de Maurice A. Sixto, Ti-Sentaniz, projet qu’il avait nourri et réalisé pour lutter contre l’absurdité de notre condition, le travail de ce génie est restée d’une triste actualité.

Le monde, dans sa marche nous bouscule, nous surprend. Faute de plan, faute de projet, nous ne pouvons être que sa victime. Nous avons à résoudre la double interrogation : qu’est-ce que nous sommes ? Que voulons-nous ? Notre héritage historique et culturel ne manque pas d’éléments pour nous permettre de répondre à la première question. Quant à la seconde, nous avons à nous unir, à nous mettre d’accord sur ce que peut-être ce projet, cet idéal, ces idéaux capables de nous amener à transcender, à utiliser, à nous enrichir de nos différences. La conscience de soi, de sa valeur et la volonté de construire sont les sources de l’énergie humaine, des sociétés organisées, des civilisations conquérantes, resplendissantes d’hier, d’aujourd’hui, de l’avenir.

Nous avons déjà beaucoup dit sur le pays qui a été, qui est. Il est maintenant temps d’envisager, de discuter, de rêver et de travailler pour le pays que nous voulons. Nous pouvons apprendre à modifier notre regard et notre discours sur nous-mêmes. Nous avons beaucoup parlé de ce qui nous divise, de ce qui nous blesse, de ce qui nous fait peur, de ce qui nous fait souffrir. Nous pouvons apprendre maintenant a accordé plus d’attention à ce qui nous unis, ce qui fait notre force, ce qui peut nous guérir, ce qui peut nous aider à grandir individuellement et collectivement.

Maurice Sixto, pour avoir été guide touristique, a vu et compris la richesse et la beauté du pays. Pour avoir parcouru le monde, il a compris notre potentiel comme peuple. Aveugle, sa voix est devenue un phare devant les yeux de notre conscience aveugle. Il nous a montré nos ombres, mais il nous revient de faire le choix de voir et d’aller vers la lumière.

 Zacary MORIN

Faidlyne Policard


Conseillère, Administration

UNE HISTOIRE DE SENTANIZ (MONOLOGUE)


Si vous la voyez un jour sur votre chemin, ne riez pas d’elle. Ne riez pas d’elle si un jour sur votre chemin elle vous regarde avec ses grands yeux de feu qui expriment sa colère, sa désolation et toutes ses misères. 

Ne la bousculez pas, ne la repoussez pas, car elle a vraiment besoin de vous, elle a vraiment besoin de nous. Pensez à votre fille de neuf ans, celle que vous aimez bien, celle que tout le monde aime, qu’on châtie et protège. Elle qui a déjà un avenir assuré. Bien sûr… bien sûr que vous n’osez comparer votre tendre fille à une domestique hideuse… vous avez tellement de préjugés. Vous en avez tellement que vous oubliez… vous oubliez qu’elle … elle également est un enfant, un être humain qui a elle également des droits.

Si un jour vous la croisez devant votre porte, j’ai dit si, mais je suis sûr que vous l’avez déjà vu, ne la rabaissez pas. Ne l’appelez pas « tisentaniz », car vous ne connaissez qu’une partie de l’histoire. Nous sommes déjà en 2050 et Sentaniz n’a plus neuf ans, elle n’est plus une petite fille. Elle est une femme, une femme comme toutes ces femmes qui forment le noyau de notre société. Une femme comme toutes ces femmes qui se donnent corps et âme pour éduquer leurs enfants et donner vie à l’économie dans une société matriarcale ravagée par le capitalisme.

Vous êtes vous déjà demandé quelle est la suite de cette histoire ? Non, j’en étais sûr. Qu’est-ce que vous avez à voir avec l’histoire d’une domestique, ce n’est quand même pas un conte de fées. Mais c’est quand même l’histoire de notre société. Assez ! Assez parler ! Laissez-moi vous la racontez cette histoire.

Comme vous le savez déjà, Sentaniz n’avait que neuf ans, mais elle accomplissait dans une famille, les tâches que certains adultes n’auraient, ni la force, ni le courage de réaliser. Sa rémunération était surtout constituée de fouet, d’injures et d’humiliations.  Elle était peut être avide de liberté car le sang des esclaves coulait dans ses veines, mais elle n’avait aucune arme, aucun allié.

Tous les jours, pendant qu’elle faisait son rituel d’emmener la fille de la dame à l’école et vendre le café grillé, elle voyait une image qui lui a toujours plu, ces enfants qui dormaient sur le trottoir, devant les magasins ou sur les places publiques. C’était peut être des sans abris, mais au moins ils pouvaient se payer le luxe de dormir jusqu’à l’aube se disait-elle.

Un beau jour, alors qu’elle n’avait que quatorze ans, Sentaniz décida de prendre cette route, elle s’enfuit pour devenir elle aussi libre.  Une liberté dont elle ignorait le prix à payer. Elle ignorait que le prix de cette liberté serait une lutte quotidienne, un combat contre ce diable qu’est l’inégalité sociale. N’ayant pas d’autre arme de défense pour gagner son pain quotidien, Sentaniz n’avait qu’à se servir de son corps fatigué par les rudes travaux domestiques, mais qui était quand même le délice des jeunes hommes de rue et de certains adultes profiteurs. Mais ce soir, ce soir où la nuit était plus noire, où les chats étaient plus gris que d’habitude, Sentaniz a connu la pire nuit de sa vie. Elle a été retrouvée le lendemain,  violée, battue à moitié mort par cinq hommes de la place où elle dormait. Elle était à bout de souffle, elle n’avait pas beaucoup de chance de survivre. Ses tests ont révélé qu’elle était hiv négatif mais qu’elle était quand même tombée enceinte des ses ravisseurs.

Comme le dit le dicton, « à quelque chose malheur est bon ». Sentaniz aurait pu être morte après cette nuit la, mais la vie en a décidé autrement. Une travailleuse sociale de l’institution du bien être social l’a pris en charge après  ces dures interventions chirurgicales et son avortement forcé car elle était trop faible pour porter ce bébé. 

Aujourd’hui nous sommes en 2050, Sentaniz est une femme, elle a eu la chance d’être orientée et éduquée malgré tout dans une société ou elle était exclue. Une société qui n’avait aucun   programme scolaire adapté à sa situation. Maintenant Sentaniz est une femme qui a sa place dans la société, une femme qui se bat non seulement contre le système «restavèk »  faite aux enfants, mais également contre l’inégalité sociale. A travers sa fondation qui est soutenue par l’Etat et le secteur privé, elle sensibilise les familles sur les questions de planification familiale, défend la cause des enfants de rue et plaide pour un système scolaire adapté à chaque groupe d’individu afin de donner à tout le monde la chance d’avoir une place dans la société.

Alors ne riez plus, ne riez plus si vous en aviez l’habitude. Car la Sentaniz que vous connaissez aurait pu être une femme de gang, un escroc, un poison pour la société. Mais grâce a son dévouement et des actions concrètes de l’Etat, sentaniz a été épargnée ce mauvais sort. Combien d’enfants en domesticité vont habiter les rues pour devenir ensuite un poison pour notre société  si vous, si moi, si nous tous ne faisons rien pour changer ce système ?

Si vous la voyez, ne riez plus d’elle. Ne riez plus car sinon vous pleurerez demain. Vous pleurerez quand vous apprendrez que celle qui surveillait votre enfant kidnappé n’avait que onze ans ; que Celui qui a assassiné votre mari n’avait que quatorze ans et qu’ils étaient tous avant des domestiques qui ont pris la fuite pour devenir des enfants de rues, et ensuite des déviants qui font un grand mal à la société.

Charles Henry Francillon

Gagnant du concours littéraire  organisé par la Fondation Maurice A. Sixto (Quelle femme sera Sentaniz en 2050 si rien n’est fais pour changer la situation des enfants restaveks)

  • Notre Newsletter

  • Intéressé a faire un don ?

    Il existe de nombreuses façons de s’impliquer. Faites du bénévolat ou donnez simplement un don financier. Chaque dollar fait une différence.
  • Articles récents

  • Commentaires récents

  • Archives

  • Catégories

  • Méta

  • Statistiques du blog

    • 1,334 visites
  • Catégories